Environnement économique - Juillet 2026
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Les banques centrales privilégient l’attentisme
Nos perspectives économiques et financières
Nos perspectives économiques et financières de mi‑année s’inscrivent dans la continuité de notre grille de lecture stratégique, marquée par un monde plus politique, plus régionalisé et engagé dans une quête accrue de souveraineté. Le choc lié aux tensions dans le détroit d’Ormuz constitue une nouvelle étape, révélant les vulnérabilités différenciées des économies et renforçant la nécessité d’adaptation des modèles de croissance. Cette dynamique entretient une inflation plus persistante et maintient une pression élevée sur les coûts de financement, dans un environnement d’endettement déjà contraint. Les impacts sur la croissance demeurent hétérogènes selon les zones, mais confirment une polarisation accrue des foyers de croissance. Dans ce contexte, les banques centrales voient leurs marges de manœuvre limitées et doivent arbitrer entre stabilité des prix et soutien à l’activité, dans un environnement marqué par une incertitude durable.
Le mois de juillet a été marqué par un regain de tensions au Moyen-Orient après l’accord de paix conclu entre les États-Unis et l’Iran en juin, ravivant les inquiétudes sur les prix de l’énergie. Dans ce contexte, les banques centrales sont restées prudentes face aux risques inflationnistes : la Réserve fédérale, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon ont toutes maintenu leurs taux directeurs inchangés, tout en laissant entendre que de nouveaux resserrements monétaires demeuraient possibles. Malgré cet environnement incertain, l’activité économique est restée résiliente au deuxième trimestre, aussi bien aux États-Unis qu’en zone euro. Sur le marché des changes, l’euro a augmenté de 0,80 % sur le mois contre le dollar, à 1,1485. Le prix du baril de Brent a progressé de 23,6 % par rapport au mois précédent, à 90,12 $.
Aux États-Unis, l’activité économique est restée solide au deuxième trimestre avec une croissance de 0,4 % en glissement trimestriel (GT). La demande intérieure demeure robuste, soutenue par la consommation des ménages et l’investissement productif, ce dernier bénéficiant toujours du dynamisme des dépenses liées à l’intelligence artificielle, mais aussi d’une amélioration plus large des dépenses d’investissement des entreprises. Dans le même temps, le marché du travail montre quelques signes de modération, avec un ralentissement des créations d’emplois, sans remettre en cause sa bonne tenue d’ensemble. L’inflation a ralenti en juin, à 3,5 %, sous l’effet du recul des prix de l’énergie, et l'inflation sous-jacente s’est également modérée à 2,6 %. Dans ce contexte, la Réserve fédérale a maintenu sa fourchette de taux directeurs inchangée en juillet (3,50 % ; 3,75 %) lors d’une réunion marquée par des dissensions croissantes au sein du comité de politique monétaire. Trois membres ont plaidé pour une hausse des taux, tandis que Kevin Warsh a poursuivi sa stratégie consistant à réduire les indications prospectives, rendant la politique monétaire moins prévisible. Enfin, l’administration Trump a instauré de nouveaux droits de douane visant une soixantaine de partenaires commerciaux, les mesures adoptées en février après l’annulation des « droits de douane réciproques » par la Cour suprême étant arrivées à expiration fin juillet.
Au Royaume-Uni, Andy Burnham a succédé à Keir Starmer au poste de Premier ministre. Son programme met l’accent sur le soutien à l’industrie et au pouvoir d’achat, tout en affichant une volonté de respecter les règles budgétaires en vigueur. Sur le plan économique, l’inflation a reculé à 2,6 % en juin et la croissance des salaires continue de ralentir, confirmant l’apaisement des risques de boucle prix-salaires. Dans ce contexte, la Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur inchangé à 3,75 % estimant que les effets de second tour du choc énergétique demeurent limités pour le moment.
En zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a maintenu ses taux directeurs inchangés en juillet, estimant que les effets de second tour liés au choc énergétique ne se sont pas matérialisés à ce stade. Plusieurs membres du Conseil des gouverneurs continuent d’évoquer la possibilité d’un nouveau relèvement des taux en septembre, les risques sur l'inflation étant orientés à la hausse selon eux. L'inflation a légèrement accéléré en juillet, à 2,9 %, sous l’effet du rebond des prix de l’énergie, tandis que l'inflation sous-jacente progresse également à 2,5 %. Dans le même temps, l’activité s’est montrée plus dynamique qu’attendu au deuxième trimestre, avec une croissance de 0,4 % (en GT). L’Espagne conserve un rythme de croissance solide (+0,7 %), tandis que la France, l’Allemagne et l’Italie enregistrent des progressions plus modestes (+0,2 %). Les enquêtes de conjoncture se redressent également, suggérant une amélioration graduelle de l’activité malgré un environnement géopolitique toujours incertain.
En Chine, les indicateurs d’activité continuent d’envoyer des signaux contrastés. La croissance du PIB a ralenti au deuxième trimestre (4,3 % sur un an), pénalisée par la faiblesse persistante de l’investissement, même si la production industrielle et la consommation ont montré quelques signes d’amélioration en juin. Les pressions déflationnistes continuent de s’atténuer, avec une nouvelle accélération des prix à la production, tandis que l'inflation à la consommation ralentit légèrement. Les autorités poursuivent par ailleurs leurs efforts pour renforcer l’internationalisation du yuan et multiplient les initiatives destinées à accroître l’influence chinoise dans les secteurs stratégiques, notamment l’intelligence artificielle. Au Japon, la Banque du Japon a maintenu son taux directeur inchangé en juillet, tout en laissant entrevoir de nouvelles hausses dans les prochains mois face aux risques inflationnistes et à la faiblesse persistante du yen. Les autorités japonaises et américaines sont par ailleurs intervenues conjointement sur le marché des changes pour soutenir la devise nippone, une première depuis 1998.
Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China.
Rédigé par
Eloïse GIRARD-DESBOIS
Analyste économique
Le 3 août 2026