Le regard du gérant - Hyperion, une innovation financière pour soutenir l’innovation technologique
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L’intelligence artificielle a été l’un des sujets centraux de 2025, alimentée par les multiples annonces de partenariats et les excellentes performances financières des acteurs du secteur.
Néanmoins, la course à l’innovation reste particulièrement rude pour les différents compétiteurs qui se partagent un marché estimé à près de 1 000 Mds$ à horizon 2030. Pour conserver cette trajectoire, une multitude d’obstacles doivent être surmontés (accroissement des capacités de calcul, protection des technologies, alimentation en données des modèles, consommation énergétique, sécurisation des chaînes d’approvisionnement…), autant de défis qui exigent des besoins d’investissements colossaux. Au-delà de l’épreuve technologique et face aux craintes de bulle spéculative, la question du financement revient au premier plan.
C’est dans ce cadre que Meta a lancé fin 2025 son projet Hyperion. La construction de ce gigantesque campus de centres de données est financée par l’intermédiaire d’un SPV (véhicule de financement), isolant les futurs actifs des autres activités du Groupe. Cette opération historique de 30 Mds$ est alimentée pour 2,5 Mds$ de fonds propres par Meta et par 27 Mds$ de dette privée. L’émission de dette privée notée A+ par l’agence S&P, soit seulement inférieur d’un cran de la notation de Meta, propose un rendement élevé de 6,58%, au même niveau que l’indice crédit dollar catégorie haut rendement. Parmi les principaux investisseurs, on remarque la présence de nombreux investisseurs institutionnels comme PIMCO (pour 18 Mds$) et BlackRock (pour 3 Mds$). Ce montage financier hors bilan permet donc l’expansion de Meta dans l’univers de l’intelligence artificielle, sans pour autant dégrader ses ratios d’endettement.
En ouvrant la voie à un nouveau modèle de financement pour les infrastructures IA, Meta combine volumes d’émissions inédits, flexibilité bilancielle et préservation de sa solvabilité. Cette innovation financière permet au Groupe de continuer en parallèle sa croissance et ses investissements dans le secteur, avec notamment l’acquisition fin décembre du chinois Butterfly Effect et de son agent IA Manus pour près de 2 Mds$.
Dominer la technologie IA reste, comme décrit dans nos Perspectives Économiques et Financières, un marqueur de souveraineté. Dans un secteur où l’innovation technologique doit désormais s’accompagner d’innovations financières, 2026 pourrait marquer une ligne de fracture entre les acteurs et les territoires capables de relever ces deux défis et ceux qui peineront à suivre.
Rédigé par
Tanguy JOUANNEAU
Gérant OPC Taux