Le regard du gérant - Objectif Lune
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Le 18 décembre, l’administration américaine publiait le décret « Garantir la suprématie spatiale américaine ».

Parmi les objectifs affichés figure le retour d’astronautes américains sur la Lune d’ici 2028 grâce au programme Artemis. Le nom n’est pas choisi au hasard, puisqu’il s’agit dans la mythologie grecque de la sœur jumelle d’Apollon. Cependant, les ambitions d’Artemis dépassent celles de la mission Apollo 11 il y a près de 60 ans. L’enjeu n’est plus seulement d’affirmer ponctuellement un leadership technologique, mais d’inscrire l’espace dans une stratégie plus durable : poser les fondations d’un base permanente lunaire d’ici 2030 pour assurer une présence américaine continue dans l’espace et permettre les prochaines étapes de l’exploration de Mars. Lancé en 2017 sous le premier mandat de Donald Trump, le programme Artemis a déjà pris plusieurs années de retard. Cependant, le retard est maintenant plus difficilement envisageable puisque d’autres grandes puissances poursuivent le même objectif. Ainsi la Chine, en partenariat avec 12 autres pays dont la Russie, poursuit des objectifs similaires à travers le programme ILRS, avec l’ambition d’établir une base lunaire permanente au cours de la prochaine décennie. Mais depuis le programme Apollo, la supériorité spatiale américaine n’est plus aussi incontestée. La Chine a notamment été la première nation à poser une sonde sur la face cachée de la Lune en 2020, tandis que l’Inde, le Japon et l’Europe accélèrent également leurs programmes spatiaux. La conquête de la Lune devient désormais un enjeu majeur de sécurité, de souveraineté et de positionnement stratégique pour les États-Unis. Contrairement au programme Apollo, l’espace n’est plus l’apanage du secteur public.
Le Space Act, adopté sous la présidence de Barack Obama en 2015, ouvre l’exploration spatiale et l’exploitation de ses ressources aux acteurs privés, appelés à participer à l’effort financier et à terme à s’émanciper des commandes publiques. Bien que le potentiel économique soit encore incertain, l’exploration spatiale devient suffisamment structurée pour justifier des investissements durables. La présence d’eau dans les calottes glaciaires des pôles ouvre la voie à la production d’ergols (carburant d’une fusée qui peut être produit à partir d’hydrogène et d’oxygène) et l’approvisionnement en eau et oxygène tandis que l’exploitation du régolithe (couche de poussière lunaire et débris rocheux) permettrait la construction d’infrastructures sur place, renforçant l’autonomie et la baisse du coûts des missions. L’accélération de technologies clés comme les réacteurs nucléaires destinés à une utilisation en orbite ou sur la Lune accroît les perspectives d’indépendance énergétique et opérationnelle. La Lune pourrait ainsi devenir une infrastructure stratégique et un nœud critique pour les grandes puissances.
L’enjeu d’arriver le premier revêt ainsi une importance particulière : sécuriser l’accès aux emplacements clés nécessaires à une installation permanente pour quiconque souhaite se projeter vers l’espace et ses ressources.
Rédigé par
Stéphane DARRASSE
Gérant Actions internationales