"OnDécrypte l'Hebdo" - Quand l’IA devient un enjeu de souveraineté
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Il y a quelques jours, Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission Européenne en charge de la souveraineté technologique, a indiqué que l’intelligence artificielle (IA) devait désormais être considérée comme un actif stratégique.
Une déclaration qui s’inscrit directement dans la lignée des conclusions de nos Perspectives Economiques et Financières. Après l’énergie, les matières premières critiques, la défense ou encore le spatial, les infrastructures numériques apparaissent comme un nouveau champ d’expression des enjeux de souveraineté.
Cette prise de conscience a été alimentée par plusieurs événements récents. Les autorités européennes ont notamment observé avec attention les restrictions temporaires mises en place par les États-Unis sur certains modèles avancés d’IA pour des raisons de sécurité nationale. Si ces mesures ont finalement été assouplies, elles ont rappelé qu’une dépendance excessive à des technologies développées hors du continent pouvait constituer une vulnérabilité stratégique.
Pour la Commission, les modèles d’IA les plus avancés deviennent désormais des capacités critiques dont l’accès pourrait, dans certaines circonstances, être influencé par des considérations géopolitiques.
Cette situation n’est pas sans rappeler les réflexions engagées ces dernières années sur l’approvisionnement énergétique européen ou sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques. Dans chacun de ces cas, la recherche d’efficacité économique avait progressivement conduit à la concentration de certaines dépendances. Aujourd’hui, les préoccupations concernent davantage les semiconducteurs, les centres de données, les infrastructures cloud ou encore les capacités de calcul nécessaires au développement de l’IA. La Commission estime ainsi que l’Union reste dépendante de fournisseurs non européens pour plus de 80 % de ses produits, services et infrastructures numériques tandis que plus de 70 % du marché européen du cloud demeure contrôlé par trois acteurs américains.
C’est dans ce contexte que la Commission a présenté au début du mois de juin son paquet législatif consacré à la souveraineté technologique. L’ambition affichée est de construire un écosystème couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur numérique, de la conception des semi-conducteurs jusqu’aux applications d’IA. Plusieurs initiatives sont regroupées au sein de ce dispositif, parmi lesquelles le Chips Act 2.0, le Cloud and AI Development Act ou encore une stratégie européenne dédiée aux technologies open source. L’objectif poursuivi est double : réduire certaines dépendances identifiées comme stratégiques tout en soutenant le développement de capacités industrielles européennes.
Le Chips Act 2.0 illustre d’ailleurs cette évolution de la doctrine européenne. Alors que la première version du texte visait principalement à renforcer les capacités de production de semi-conducteurs, la nouvelle approche cherche également à stimuler la demande. Les futures infrastructures d’IA, les centres de données ou encore les projets industriels liés à l’IA devront contribuer à soutenir l’émergence d’un écosystème européen cohérent. Les montants évoqués témoignent de l’ampleur de l’enjeu : la Commission estime à 120Mds€ les investissements supplémentaires nécessaires dans les semi-conducteurs, à 200Mds€ ceux liés aux centres de données et à environ 100Mds€ les besoins associés au développement des infrastructures cloud et IA. Des financements qui devront venir essentiellement de la sphère privée.
Pour autant, comme dans les domaines de l’énergie ou de la défense, la souveraineté ne signifie pas l’autarcie. La Commission rappelle au contraire que cette stratégie repose sur le maintien de partenariats avec les pays considérés comme fiables tout en réduisant les dépendances jugées excessives. Plus qu’une volonté d’isolement, ces différentes initiatives traduisent l’idée que certaines technologies sont désormais devenues des éléments structurants de la compétitivité et de l’autonomie stratégique des États. Une lecture des enjeux que nous partageons et qui conforte l’importance accordée aux secteurs technologiques
stratégiques dans nos analyses et notre stratégie d’investissement.
Rédigé par
Julien CHEVALIER
Responsable du pôle Gestion Actions Europe
Sommaire
Analyse de l’évolution des marchés :
- Obligataire par Yaël KABLA
- Actions Europe par Cyril BRUNET
- Actions Internationales par Stéphane DARRASSE
Analyse Suivi Macroéconomique :
- Asie par Eloïse GIRARD-DESBOIS
- Europe par Eloïse GIRARD-DESBOIS