Le regard de l'analyste - ERCOT, le talon d'Achille électrique de l'IA
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La course à l'intelligence artificielle ne se heurte plus seulement à la disponibilité des puces informatiques, mais à la capacité à capter la puissance électrique nécessaire pour les alimenter.
Ce goulot d'étranglement se manifeste en premier lieu au Texas, sur le réseau géré par l'ERCOT (Electric Reliability Council of Texas), où l'accès à la puissance électrique supplante désormais les contraintes d'approvisionnement en composants comme facteur limitant du déploiement des infrastructures d'IA. L'ampleur de la révision des projections de demande illustre le décalage. En avril 2025, ERCOT évoquait une fourchette de 130 à 150 GW à horizon 2030, contre un pic historique de 85,5 GW enregistré en 2023, traduisant déjà une demande en forte augmentation à cet horizon. Le dépôt préliminaire d'ERCOT d'avril 2026 atteint désormais environ 278 GW en 2029 et 368 GW en 2032, soit plus de quatre fois le pic historique. Cette trajectoire met en évidence un décalage croissant entre l'accélération des dépenses d'investissement des hyperscalers et la capacité d'absorption physique d'un réseau.
Ce décalage s'explique par une limite technique. La file d'attente d'interconnexion dépasse 40 GW de charges en attente. Le réseau principal actuel, en 345 kV, ne peut acheminer de telles densités de charge sans congestion majeure. Pour lever ce verrou, ERCOT étudie le déploiement d'un réseau très haute tension en 765 kV, standard capable de transporter cinq fois plus d'électricité sur un même axe. Le délai de réalisation d'une infrastructure de ce type exige toutefois sept à dix ans (procédures administratives, acquisition des droits de passage et délais d'approvisionnement mondiaux supérieurs à quatre ans pour les transformateurs). En l'absence de cette infrastructure à court terme, les délais de raccordement standard restent bloqués entre trois et cinq ans.
Cette lenteur est incompatible avec les cycles d'investissement des hyperscalers, qui optent pour des raccordements directs sur les sites de génération d'électricité, contournant le réseau public. Ce schéma de contournement modifie profondément l'allocation des capacités existantes : en réservant l'électricité d'une centrale à un seul centre de données, il prive le réseau public de cette capacité, expose le projet à des contestations réglementaires et concentre le risque opérationnel sur une source unique en cas de panne. Dans le cadre de nos Perspectives Économiques et Financières, nous constatons que ce goulet d'étranglement énergétique constitue un risque d'exécution direct sur les entreprises responsables du déploiement des infrastructures dans l'ensemble de l'écosystème IA. Sans garantie que les projets de centres de données soient bel et bien alimentés en électricité, la rentabilité des projets de centres de données est plus que jamais remise en question.

Rédigé par
Benjamin BIYOGO
Analyste financier et extra financier