Environnement économique - Août 2026

Environnement économique

Temps de lecture : min

Cours du pétrole élevés = persistance des tensions inflationnistes

Nos perspectives économiques et financières

Nos perspectives économiques et financières de mi‑année s’inscrivent dans la continuité de notre grille de lecture stratégique, marquée par un monde plus politique, plus régionalisé et engagé dans une quête accrue de souveraineté. Le choc lié aux tensions dans le détroit d’Ormuz constitue une nouvelle étape, révélant les vulnérabilités différenciées des économies et renforçant la nécessité d’adaptation des modèles de croissance. Cette dynamique entretient une inflation plus persistante et maintient une pression élevée sur les coûts de financement, dans un environnement d’endettement déjà contraint. Les impacts sur la croissance demeurent hétérogènes selon les zones, mais confirment une polarisation accrue des foyers de croissance. Dans ce contexte, les banques centrales voient leurs marges de manœuvre limitées et doivent arbitrer entre stabilité des prix et soutien à l’activité, dans un environnement marqué par une incertitude durable.

Après que l’administration américaine a semblé vouloir privilégier dans un premier temps les sanctions économiques pour peser sur l’Iran, les échanges de tirs ont finalement repris sur la fin du mois entre les belligérants, réduisant les espoirs de réouverture rapide du détroit d’Ormouz et engendrant un rebond des cours du pétrole. Le prix du baril de Brent a progressé de 0,37 % par rapport au mois précédent, à 90,49$. Dans ce contexte, les banquiers centraux restent prudents face aux risques inflationnistes, alors que l’activité économique reste résiliente, tant aux Etats-Unis qu’en zone euro. Sur le marché des changes, l’euro s’est apprécié de 0,97 % sur le mois contre le dollar, à 1,1596. 

USAAux Etats-Unis, l’activité économique demeure solide, avec une croissance confirmée à 0,4 % en glissement trimestriel (GT) au deuxième trimestre et des résultats d’enquêtes bien orientés sur le début du troisième trimestre. Le marché du travail montre, en revanche, quelques signes de modération, avec des destructions nettes d’emplois en juillet et une révision en baisse des créations des mois précédents. Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, estime toutefois qu’il reste solide et que la priorité de la banque centrale doit être de ramener l’inflation à son objectif. Or, en juillet, l’indice de prix de la consommation des ménages, indicateur sur lequel est basé cet objectif, a conservé un rythme élevé de progression, à 3,7 % sur un an en juillet (3,5 % hors alimentation et énergie). Il estime que, en l’absence de perspective claire de reflux à un rythme suffisant du taux d’inflation vers la cible de 2 %, la banque centrale devra agir, via sa politique de taux. Enfin, l’administration Trump a augmenté les droits de douane sur les importations en provenance du Canada et menace de répondre aux mesures de rétorsion annoncées par le gouvernement canadien.

Europe

Au Royaume-Uni, le taux d’inflation a rebondi, à 2,9 %, en juillet. Si cette hausse, provoquée par le relèvement du plafond gouvernemental des prix des carburants, était attendue, force est de constater que l’inflation sous-jacente ne baisse plus, à 2,6% depuis trois mois. Dans le même temps, l’activité économique reste relativement solide, avec une croissance séquentielle de 0,4 % du PIB au deuxième trimestre (+1,2 % sur un an) et des résultats d’enquêtes qui montrent la poursuite de la progression de l’activité en juillet et août.

En zone euro, l’inflation a légèrement diminué en juillet, à 2,9 %, malgré la nouvelle accélération des cours du pétrole. Toutefois, l’inflation sous-jacente a légèrement augmenté (à 2,5 %), sous l’effet d’accélérations conjointes des prix des biens non-énergétiques, signe des effets indirects du choc énergétique, et des services. Dans ce contexte, les membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne estiment que les risques sur les perspectives d’inflation restent orientés à la hausse et plusieurs jugent qu’ils devront remonter encore les taux directeurs pour contrer ces risques. Dans le même temps, la résilience de l’activité se confirme, avec une progression des résultats d’enquêtes de conjoncture en juillet-août et une progression, certes encore modérée, de l’activité industrielle.

ASIEEn Chine, les indicateurs d’activité continuent d’envoyer des signaux contrastés. Tant l’activité industrielle que les ventes au détail ont ralenti en juillet, alors que le recul de l’investissement s’amplifiait. Seule la demande étrangère reste un soutien significatif à l’activité, grâce aux exportations du secteur technologique pour le développement des infrastructures liées à l’intelligence artificielle partout dans le monde. Signe supplémentaire de faiblesse de la demande domestique, le taux d’inflation est revenu à 0,5 % en juillet (1,0 % en juin), alors que la tendance haussière des prix à la production s’atténue quelque peu. Dans ce contexte, la banque centrale s’engage à accompagner les efforts de soutien annoncés par les autorités politiques. Elle affirme aussi sa volonté de renforcer l’internationalisation du yuan dans le cadre de sa stratégie pluriannuelle adaptée au 15e plan quinquennal. Au Japon, la pression augmente sur la banque centrale pour relever son taux directeur. L’inflation et ses mesures sous-jacentes ont progressé en juillet, alors que l’activité reste solide. De plus, son inaction a pesé sur le yen sur le mois, qui a recommencé à se déprécier après les interventions nippo-américaines de fin juillet.

 

Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China.

Rédigé par

Jean-Louis MOURIER
Analyste économique
Le 2 septembre 2026