Une rentrée à haut risque pour le gouvernement français

Réaction économique

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Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent d'alimenter l'incertitude sur l'évolution des taux d'intérêt à long terme.

Les principales banques centrales demeurent confrontées à un environnement inflationniste plus persistant qui les conduit à maintenir un biais prudent dans leur communication. Dans ce contexte, la remontée des taux souverains continue de peser sur les États les plus endettés.

La France apparaît particulièrement exposée. Depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024, le pays traverse une période d'instabilité politique marquée par l'absence de majorité parlementaire et par les difficultés rencontrées lors des discussions budgétaires successives. Les censures des gouvernements Barnier puis Bayrou ont illustré la fragilité de la situation politique française et les difficultés à construire un consensus autour du redressement des finances publiques.

Cette instabilité intervient alors que les finances publiques continuent de se dégrader. Le déficit public devrait rester proche de 5 % du PIB en 2026 et la dette dépasse désormais 115 % du PIB. Dans le même temps, la France a déjà fait l'objet de plusieurs dégradations de notation ces dernières années.

L'automne 2026 pourrait ainsi constituer une nouvelle séquence à risque. Le gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu devra présenter un budget visant à réduire le déficit public dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et à quelques mois seulement de l'ouverture de la campagne présidentielle.

Budget 2027 : nouvelle épreuve pour l’exécutif français

Depuis deux ans, chaque discussion budgétaire s'est transformée en épreuve politique pour les gouvernements françai successifs. L'automne 2026 ne devrait pas faire exception et les discussions entre le gouvernement Lecornu et les parlementaires risquent d'être particulièrement tendues.
Le gouvernement devra déposer au Parlement le projet de loi de finances (PLF) ainsi que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) au plus tard le premier mardi d'octobre. Ces textes devront traduire l'objectif de réduction du déficit public annoncé par l'exécutif dans un contexte marqué par la dégradation des finances publiques françaises.
Au regard de la configuration politique actuelle, l'adoption de ces textes par un vote classique apparaît toutefois peu probable. Comme lors des précédents exercices budgétaires, plusieurs solutions pourraient être envisagées par le gouvernement.

La première consisterait à utiliser l'article 49.3 de la Constitution afin de faire adopter les textes sans vote. Une telle stratégie exposerait toutefois le gouvernement à une motion de censure, comme ce fut le cas pour les gouvernements Barnier puis Bayrou. Sébastien Lecornu avait pu éviter ce scénario l'an dernier grâce à l'abstention des députés socialistes, mais l'approche de l'élection présidentielle pourrait rendre ce soutien plus incertain.

Le gouvernement pourrait également s'appuyer sur l'article 47 de la Constitution. Celui-ci prévoit que si le Parlement ne s'est pas prononcé dans un délai de 70 jours pour le PLF et de 50 jours pour le PLFSS, certaines dispositions peuvent être mises en œuvre par ordonnance. Cette procédure n'a toutefois jamais été utilisée sous la Vème République.

En cas de blocage prolongé, le gouvernement pourrait être contraint de recourir à une loi spéciale. Cette dernière permettrait à l'État de continuer à percevoir les impôts et à assurer le fonctionnement des administrations publiques après le 31 décembre. Selon les estimations de la Direction générale du Trésor et de l’Inspection Générale des Finances, un tel scénario pourrait toutefois détériorer le déficit public d'au moins 0,5 point de PIB par rapport à 2026, portant celui-ci à plus de 5,5 % du PIB.

Cette séquence budgétaire revêt également une importance particulière en raison de sa proximité avec l'élection présidentielle de 2027. Les récents sondages placent la candidate d’extrême droite Marine Le Pen en tête, ce qui pourrait entretenir la prime politique
française jusqu’au printemps prochain. De plus, des élections législatives anticipées devraient avoir lieu d’ici l’été 2027, le ou la présidente ayant la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale. Le nouveau gouvernement pourra alors faire voter un projet de loi de finance rectificative afin de mettre en œuvre son programme.

Les programmes des différents candidats seront ainsi particulièrement scrutés. Dans un contexte de déficit élevé et de dette publique croissante, la question du financement de ces mesures budgétaires devrait occuper une place importante dans le débat présidentiel. L'enjeu ne portera pas uniquement sur les mesures proposées mais également sur leur cohérence avec l'objectif de stabilisation des finances publiques.

Comme nous l'avons souligné dans nos Perspectives économiques et financières, les États évoluent désormais dans un environnement marqué par des besoins de financement croissants, une compétition accrue pour l'accès à l'épargne et des taux d'intérêt durablement plus
élevés. L'augmentation des besoins d'emprunt en Europe, notamment en Allemagne, pourrait accentuer cette concurrence et renforcer l'importance accordée à la crédibilité budgétaire des États les plus endettés.

La rentrée 2026 pourrait ainsi constituer bien davantage qu'un simple débat budgétaire. À quelques mois de l'élection présidentielle, elle pourrait devenir un test de crédibilité pour les responsables politiques français, alors que les interrogations sur la soutenabilité des finances publiques et sur la notation souveraine du pays demeurent importantes.

Rédigé par

Éloïse GIRARD-DESBOIS
Économiste
Le 4 septembre 2026


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