Quête de souveraineté des états européens - Des exemples concrets
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Face à la multiplication des chocs (pandémie, conflit armé en Ukraine et au Moyen-Orient...), la résurgence de l'inflation et les multiples dépendances (énergétiques, technologiques...), la recherche de souveraineté des États est à la base de la construction de nos Perspectives Économiques et Financières. Depuis plusieurs mois, nous avons recensé plusieurs annonces illustrant cette volonté et qui alimentent aujourd'hui notre cadre d'investissement.
Énergie
Le 1er avril 2026, la Commission Européenne (CE) a décidé de bannir les achats émanant de financement européen d'onduleurs provenant de "pays à risque". La Chine est le principal producteur d'équipements critiques pour la génération d'électrique d'origine renouvelable (90% des panneaux solaires, 80% des turbines éoliennes, 50% des onduleurs...). La crainte de failles informatiques par le piratage à distance de ces installations justifie cette mesure visant à contrôler la provenance de ce dispositif, au coût négligeable, servant à réguler la qualité des flux d'électricité utilisé dans les réseaux électriques. La panne électrique géante survenue en Espagne en avril 2025, bien que résultant de plusieurs facteurs techniques, a pu motiver cette prise de conscience. L'Union Européenne (UE) s'engage à favoriser les acteurs du Vieux Continent des marchés publics dans ses règlements "Industrial Accelerator" (proposition mars 2026) et "Cyber Security" (2019). Dès 2020, le Royaume-Uni avait banni le fournisseur chinois Huawei des réseaux 5G à la suite de fortes pressions américaines en vertu de risques d'espionnages et en mars 2026, Ming Yang pour l'approvisionnement en turbine éolienne pour un projet en Ecosse. Fin 2025, l'Italie a attribué le premier appel d'offre pour un projet d'énergie solaire de 1,1 GW dépourvus de matériel chinois pour les mêmes motivations.
Technologie de l'information
Dès 2021, le petit état allemand du Schleswig-Holstein a migré ses postes informatiques de Microsoft vers Linux pour des raisons financières mais également stratégiques notamment pour des questions de piratages. En avril dernier, la France entendbasculer progressivement ses administrations opérant sous Windows vers le logiciel libre Linux. Par ailleurs, la migration de la plateforme des données de santé vers le français Iliad est actée en raison du risque posé par la législation américaine ("Cloud Act") autorisant à saisir ces données. Cette émancipation des technologies américaines majoritaires dans les usages se traduit aussi pour les outils de visioconférence "Teams" et "Zoom" au profit de "Visio", solution tricolore. Enfin, la CE pourrait présenter fin mai le plan "Tech Sovereignty " qui pourrait interdire aux géants américains de traiter les données sensibles hébergées dans les plateformes "cloud" de ses administrations publiques. La recherche de l'autonomie numérique de l'Europe dominé à 70 % par les acteurs américains est enclenchée.
Paiements
En mars 2026, les ministres des finances de 6 pays (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas et Pologne) exhortent l'UE à se doter d'infrastructures de paiement indépendantes des réseaux Visa, Mastercard. Ils invoquent les volumes d'épargne et d'investissement de l'UE dans le but de renforcer les marchés de capitaux et les financements des acteurs économiques.
Terres Rares
Le 6 mai 2026, la France ambitionne de retrouver son autonomie dans l'approvisionnement en terres rares en investissant dans différents sites du pays. Par exemple, le site de séparation de la Rochelle d'où provenait la moitié de la production domestique dans les années 90, pourrait alimenter 30% des besoins européens. Les sites de métallisation (étape entre la séparation et la fabrication d'aimants) et de recyclage d'aimants sont également visés. Pour rappel, la Chine contrôle 60% à 70% de l'extraction des terres rares et 80% à 90% du raffinage. Face à cette domination et les tensions géopolitiques, le leitmotiv consiste à réduire les dépendances. Ces thématiques sont régulièrement abordées dans nos Perspectives Economiques et Financières où nous évoquions la fin du multilatéralisme dès 2018. Elles font l'objet d'études approfondies qui alimentent notre univers d'investissement.
Rédigé par
Samir RAMDANE
Responsable OPC Actions Europe