Le Royaume-Uni replonge dans l’incertitude politique

Réaction économique

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Depuis plusieurs mois, l'exécutif britannique évolue sous une pression politique croissante, qui a finalement conduit Keir Starmer à annoncer sa démission ce lundi 22 juin.

Les tensions au sein du gouvernement travailliste s’étaient progressivement accentuées, alimentées par la controverse autour de la nomination de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur aux États-Unis, par des coupes budgétaires impopulaires et, plus récemment, par la lourde défaite du Parti travailliste lors des élections locales.

Sous la pression d’une partie de son propre camp après la victoire d’Andy Burnham, son rival travailliste, lors de l’élection partielle de Makerfield le 18 juin, Keir Starmer a annoncé sa démission de la direction du Parti travailliste ainsi que de son poste de Premier ministre, tout en restant en fonction par intérim jusqu’à la désignation de son successeur. Le Royaume-Uni s’apprête ainsi à connaître son septième chef de gouvernement en une décennie, une instabilité politique persistante susceptible de raviver les interrogations des investisseurs quant à la trajectoire des finances publiques.

Cette crise politique vient désormais se superposer au risque de persistance du choc inflationniste lié au conflit au Moyen-Orient, complexifiant l'arbitrage de la Banque d'Angleterre (BoE), qui a maintenu son taux directeur à 3,75% lors de sa réunion du 18 juin. 

 

Depuis le Brexit, les incertitudes politiques se sont renforcées …

« Le Royaume-Uni s’apprête ainsi à connaître son septième chef de gouvernement en une décennie »

 

La Banque d’Angleterre doit faire face au risque inflationniste et à la crise politique

 

RU - 1Depuis le référendum sur le Brexit en 2016, le Royaume-Uni se trouve plongé dans l’incertitude politique et a connu une succession rapide de chefs de gouvernement. David Cameron avait quitté ses fonctions après le vote en faveur du Brexit, Theresa May après son incapacité à faire adopter un accord de sortie de l’Union européenne, Boris Johnson à la suite de scandales politiques et Liz Truss après la crise des taux souverains provoquée par son programme budgétaire. Face à l’impopularité croissante du Parti conservateur, Rishi Sunak avait finalement convoqué des élections anticipées en juillet 2024, conduisant à la victoire du Parti travailliste. Deux ans à peine après sa nomination, c’est au tour de Keir Starmer de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat.

Lors d’une allocution devant le 10 Downing Street, Keir Starmer a indiqué que les candidatures à sa succession devraient être déposées entre le 9 et le 16 juillet prochain. À ce stade, seul Andy Burnham, maire de Manchester et élu député lors de l’élection partielle du 18 juin, s’est officiellement porté candidat. L’ancien ministre de la Santé Wes Streeting, régulièrement cité parmi les successeurs potentiels de Keir Starmer, a par ailleurs annoncé son soutien à la candidature d’Andy Burnham.

En cas de candidatures multiples, seuls les membres du Parti travailliste seront appelés à voter pour désigner le futur dirigeant du parti, qui deviendra également Premier ministre. 

Au-delà de l’incertitude politique immédiate, des interrogations demeurent quant à la trajectoire des finances publiques britanniques en cas de victoire d’Andy Burnham. Avec une dette proche de 100% du PIB et un déficit public de 5,5% du PIB en 2025, le futur gouvernement disposera de marges de manœuvre limitées pour mettre en œuvre son programme. 

En plus des implications politiques immédiates, les marchés surveilleront particulièrement les orientations budgétaires du futur gouvernement. L’épisode « Liz Truss » en 2022 a montré que les investisseurs demeurent sensibles à toute remise en cause de la crédibilité budgétaire. Dans ce contexte, une hausse de la prime de risque sur les taux souverains britanniques constituerait le principal canal de transmission de l’incertitude politique à l’économie, via un durcissement des conditions financières et une augmentation du coût de financement de l’État.

 

Dans ce contexte, les développements politiques constituent une source d’incertitude supplémentaire pour la Banque d’Angleterre (BoE), qui doit déjà composer avec les répercussions du choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient.
 Le Comité de politique monétaire de la BoE a voté à 7 voix contre 2 le maintien du taux directeur à 3,75%, contre une majorité de 8 voix contre 1 lors de la réunion d’avril, signe d’un débat interne qui s’oriente progressivement vers un biais plus restrictif. 

La BoE justifie ce statu quo par le recul des prix de l’énergie observée depuis sa précédente réunion, dans le sillage de l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran, qui a permis de réviser à la baisse la trajectoire d’inflation anticipée. La banque centrale a toutefois rappelé qu’elle continuerait de suivre étroitement l’évolution de la situation au Moyen-Orient ainsi que ses effets potentiels sur l’économie britannique.

Les données d’inflation suggèrent que la diffusion du choc énergétique au reste de l’économie demeure encore limitée aux composantes directement exposées à la hausse du prix du pétrole. L’inflation est ainsi restée stable à 2,8% en mai, mais les composantes les plus sensibles à l’énergie accélèrent nettement. Les prix des transports augmentent fortement, à 6,8% sur un an, soit leur plus forte progression depuis décembre 2022, tirés notamment par le carburant. L’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, remonte légèrement à 2,6 %. Dans le même temps, la croissance des salaires continue de ralentir, à 3,4 % sur un an, limitant le risque de boucles prix-salaires.

Le Royaume-Uni se retrouve ainsi à l'intersection de deux sources d’incertitude : une diffusion du choc énergétique et une instabilité politique susceptible, selon l'identité du futur Premier ministre et de son Ministre des Finances, de raviver les inquiétudes sur la trajectoire des finances publiques. Ces éléments confirment donc que la Banque d’Angleterre, comme ses homologues américaine et européenne, reste sous contraintes comme nous l’illustrons dans nos Perspectives économiques et financières. 

 

Rédigé par

Éloïse GIRARD-DESBOIS
Économiste
Le 22 juin 2026

 


 

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