Environnement économique mars 2026
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Le conflit au Moyen-Orient brouille les cartes
Nos perspectives économiques et financières
Les récents événements au Moyen-Orient s’inscrivent dans la montée de la conflictualité que nous décrivons depuis plusieurs années, qu’elle soit commerciale ou militaire. Les blocs régionaux s’affirment et le politique reprend le dessus pour protéger souveraineté et intérêts stratégiques. Dans ce contexte, le triptyque « se défendre, innover, sécuriser » devient central : défendre ses intérêts, innover pour rester compétitif et sécuriser financements comme approvisionnements en énergie et matières premières. Cette dynamique exige des investissements massifs dans un monde très endetté. États, entreprises et ménages doivent s’adapter à des marges de manœuvre réduites, à des inégalités croissantes et à un modèle de croissance peu créateur d’emplois. La hausse des coûts réels de financement et l’arrivée de nouveaux emprunteurs questionnent la soutenabilité de l’endettement, tout comme le développement rapide et coûteux de l’écosystème de l’IA.
Les marchés financiers ont évolué au gré des développements du conflit au Moyen-Orient et des déclarations du Président Trump. Les mouvements des cours du pétrole ont continué à affecter les marchés de taux d’intérêt -via leurs conséquences sur les projections d’inflation et les réactions attendues des banques centrales- ainsi que, dans une moindre mesure, les marchés actions. Les enquêtes auprès des entreprises portant sur le mois de mars mettent en avant des tensions sur les prix de leurs intrants sous l’effet de la hausse des prix énergétiques et d’autres matières premières, mais aussi en raison de perturbations provoquées par la guerre sur les chaînes d’approvisionnement. Les grandes banques centrales, qui ont eu à prendre des décisions ces dernières semaines, sont restées l’arme au pied, à l’exception de la Banque de réserve australienne. Elles préviennent toutefois qu’elles se tiennent prêtes à réagir à tout risque de dérapage inflationniste. Sur le marché des changes, l’euro s’est déprécié de 2,6% sur le mois contre le dollar, à 1,1498. Le prix du baril de Brent a bondi de 62,29% par rapport au mois précédent, à 118,35$.
Aux États-Unis, la Réserve fédérale a laissé ses taux inchangés en mars. La médiane des prévisions des membres du comité de politique monétaire du 17-18 mars laisse toujours envisager une baisse des taux directeurs plus tard dans l’année, mais le discours s’est nettement durci. La prudence des banquiers centraux américains se justifie au regard des statistiques de prix à la production et à l’importation de février, en nette accélération avant même l’envolée des cours du pétrole. Les indicateurs d’activité économique restent solides, mais le marché du travail affiche sa fragilité : 92 000 emplois ont été détruits en février, après 126 000 créés en janvier. La Maison Blanche est repartie à l’initiative sur les droits de douane, en annonçant le lancement de nouvelles enquêtes menées en vertu de l'article 301 de la loi sur le commerce de 1974, qui autorise le président à imposer des droits de douane aux pays qui adopteraient des pratiques commerciales déloyales contre les entreprises ou le commerce américains.
Au Royaume-Uni, la banque centrale a maintenu son taux directeur inchangé et adopté un discours moins accommodant. L’envolée des prix des produits énergétiques et d’autre matières premières retardent le retour de l’inflation à la cible visée. L’éventuelle apparition d’effets de second tour pourrait même justifier de durcir à nouveau la politique monétaire. Le regain de tensions inflationnistes pourrait toutefois être modéré par une activité toujours peu dynamique et la poursuite de la dégradation du marché du travail.
En zone euro, l’inflation a rebondi à 1,9% en février et elle a atteint 2,5% en mars sous l’effet de l’envolée des prix de l’énergie. L’accélération des prix a été relativement contenue en mars grâce aux mesures prises rapidement dans quelques États-membres, notamment en Italie et en Espagne, pour protéger le pouvoir d’achat des ménages. Néanmoins, la Banque centrale européenne (BCE), qui a maintenu sa politique inchangée en mars, affirme sa vigilance face à d’éventuels effets indirects et/ou de second tour qui provoqueraient une augmentation plus forte et plus durable de l’inflation. Le nouveau choc énergétique remet en cause l’accélération espérée de l’activité économique, mais il ne fait pas craindre de rechute à ce stade. Toutefois, la conjoncture reste incertaine, l’activité restant faible dans l’industrie -où elle est menacée par la nouvelle hausse des prix de l’énergie- et en perte de dynamisme dans les services. Sur le plan commercial, le Parlement européen a repris l’examen de l’accord conclu avec les États-Unis en lui adjoignant une clause qui le rendrait caduque si les États-Unis venaient à augmenter unilatéralement leurs droits de douane. Par ailleurs, la Commission européenne continue à négocier avec divers partenaires, à l’image de l’Australie, avec laquelle un accord commercial est sur le point d’aboutir.
En Chine, l’objectif de croissance du PIB en 2026 a été fixé à 4,5%-5,0%. Les autorités affichent toutefois l’ambition de dépasser cette cible. Les éléments communiqués dans le 15e plan quinquennal, illustrent la volonté de poursuivre dans la montée en gamme de l’économie chinoise, avec des objectifs de maîtrise des technologies de pointe et de celles « du futur ». A court terme, les indicateurs d’activité se sont améliorés, même si leur lecture en début d’année est rendue difficile par les festivités du nouvel an lunaire. Les pressions déflationnistes semblent s’atténuer au niveau des prix à la production, les industriels déclarant leur intention de répercuter les hausses de coûts sur leurs prix de vente. Au Japon, l’inflation est restée faible en février, à 1,3% sur un an, mais son recul du début d’année provient de la composante énergie de l’indice des prix. Un rebond est donc attendu au printemps. La banque du Japon conserve un biais à la poursuite du relèvement de son taux directeur, d’autant que les résultats des négociations de printemps indiquent que la dynamique des salaires pourrait commencer à soutenir la hausse des prix, comme la banque centrale et le gouvernement le souhaitent.
Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China.
Rédigé par
Jean-Louis MOURIER
Analyste macroéconomique
1er avril 2026